___Tout commence par un petit rien. A peine se remarque-t'il ce petit rien. Sa présence est comme une minuscule pointe d'aiguille qui vous nargue en vous picotant la peau. Ce petit rien est vraiment un petit rien.
___Puis, soit il s'estompe, soit un autre vient le rejoindre. Dans la première hypothèse vous avez de la chance. Dans la seconde, non. Alors un petit rien qui vient en renfort à un petit rien, ça en fait deux. Deux petites pointes d'aiguilles qui vous narguent. " Peu importe, ça s'en ira comme c'est venu " vous dîtes vous. Si vous avez raison, tant mieux. Sinon, pas d'bol.
___A ces deux petits rien s'en ajoute un troisième. Trois pointes d'aiguilles insolantes, ça irrite. Mais là vous n'êtes pas au bout de vos peines. Parce que plus il y a de petits rien, plus vous aurez de mal à vous en débarrasser. Alors les petits rien affluent progressivement, vous piquent ardemment l'épiderme et certaines commencent même à vous importuner sérieusement. Là vous relativisez : " Mais non, ça passera, ça ne peut pas durer indéfiniment ... " Sauf qu'indéfiniment n'inclut pas les longues durées. Faut se méfier des mots, et oui.
___D'autres pointes d'aiguilles vous assiègent. Et de moins en moins fines. Les petits rien font place aux petits quelque chose. Ces petits quelque chose font place aux soucis. Ces soucis font place à de gros ennuis. Qui font place à de véritables problèmes.
___Entre temps, vous n'avez pas réalisé. A chaque vague d'assaillantes, une profonde et lente expiration vous administrait un regain d'énergie. " On n'y pense pas, surtout pas. On ne regarde que les bons côtés. " Raisonnement naïf et inutile. Au final, ce ne sont plus des aiguilles mais des épieux acérés cherchant à vous mettre en sang.
___La carapace protectrice du " penser à autre chose " n'est plus d'aucun secours. La dure réalité vous rattrape au grand galop. Alors, sous les attaques redoublées des pointes de fer, vous saignez. Au début, c'est pas grand chose, on panse les blessures en détournant les yeux. Puis les blessures sont en trop grand nombre. Ca tourne à l'hémorragie ; vous vous noyez dans vos problèmes, le sang coule de votre corps comme l'eau d'une fontaîne.
___L'agonie en beauté.